Le concert
Œuvre de Jan Vermeer • 1664
À propos de cette œuvre
Dans un intérieur feutré baigné d’une lumière douce, deux jeunes femmes se tiennent près d’un petit pupitre, plongées dans l’intime concert qui donne son titre à la scène. L’une, vêtue d’un chemisier bleu outrebandé de dentelle, effleure les touches d’un clavecin miniature, tandis que l’autre, habillée de rose pâle, porte à ses lèvres un luth à manche finement sculpté. Le jeu d’ombres et de clarté, typique de Jan Vermeer, fait apparaître chaque grain de tissu, chaque reflet sur le métal du chandelier suspendu au plafond.
La composition repose sur une profondeur maîtrisée : le plan d’ensemble est découpé par la porte entrouverte à droite, qui ouvre sur l’ombre d’un couloir et laisse filtrer une lumière supplémentaire. Cette double source lumineuse crée un contraste délicat, où le blanc crayeux du drap de la table se fait éclatant contre le brun sombre du parquet. Le choix des couleurs — le bleu outremer du vêtement, le rouge vermillon du fond du pupitre, les jaunes opaques du parquet — révèle la technique de Vermeer, qui superpose plusieurs glacis pour obtenir une luminosité presque translucide. Il utilise notamment l’outremer, pigment importé d’Asie, symbole de richesse et de raffinement dans les demeures bourgeoises du XVIIᵉ siècle.
Peint en 1664, le tableau s’inscrit dans le genre de la « conversation » ou « musical genre », populaire à la Courlande néerlandaise, où les scènes domestiques illustrent l’idéal moral de l’éducation féminine à la musique. Vermeer, à peine connu de son vivant, ne signa jamais clairement ses œuvres ; ce n’est qu’au XIXᵉ siècle que l’attribution à Vermeer fut confirmée grâce aux archives de la famille de l’artiste et à l’analyse stylistique.
Une anecdote persistante entoure le chandelier en fer forgé : certains historiens pensent qu’il serait une représentation de l’un des modèles que Vermeer aurait observés dans la boutique de son voisin marchand de fer, preuve de l’influence du quotidien sur le maître. Ainsi, « Le concert » ne se contente pas d’immortaliser une performance musicale ; il révèle, par la rigueur de la main et la finesse de la lumière, la vie intérieure d’une ville prospère, où l’art et la domesticité s’entrelacent dans une harmonie silencieuse.