Le festin de Beltschatsar
Œuvre de Rembrandt • 1635
À propos de cette œuvre
Dans une atmosphère lourde de mystère, Rembrandt cristallise le moment biblique du festin de Bel‑shazzar, 1635, où le souverain babylonien découvre la fameuse inscription divine. Le centre du tableau est occupé par la table massive, débordante de mets somptueux, d’argenterie et de coupes débordant de vin. Autour, les convives, vêtus de riches étoffes aux teintes bordeaux et or, semblent figés par la stupeur, tandis que le roi, drapé d’un manteau écarlate, lève une main tremblante vers le plafond où apparaît une main céleste, enveloppée d’une lueur presque surnaturelle. Cette intervention surnaturelle, lumineuse à peine différenciée des ombres environnantes, tranche le tableau en deux espaces : le monde terrestre, plongé dans des tons sombres, et le divin qui transperce la scène d’un éclat argenté.
L’éclairage, typique du clair-obscur rembrandien, provient d’une source indéterminée—probablement une lampe à huile—qui projette des faisceaux chauds sur les visages, accentuant les rides, les expressions d’angoisse et les reflets métalliques des plats. La palette, dominée par des bruns terreux, des ocres cuivrés et des touches de rouge carmin, crée une profondeur atmosphérique, tandis que les touches de jaune lapis‑la‑Zur réunissent la lumière divine et les reflets des bijoux.
La technique de l’artiste se révèle dans les couches épaisses d’impasto sur les tissus et les métaux, contrastant avec les glacis translucides qui donnent aux visages leur subtilité psychologique. Rembrandt maîtrise la texture du velours, le poids du drap et la brillance du métal, chaque détail vibrant sous le jeu de la lumière.
Peinte deux ans après son retour d’Amsterdam au Leiden, l’œuvre s’inscrit dans la période où le peintre privilégie les thèmes bibliques chargés d’émotion morale, répondant aux attentes des collectionneurs protestants désireux d’illustrer la vanité du pouvoir. Une anecdote raconte que le tableau fut commandé par la Corporation des marchands d’Amsterdam pour rappeler aux dirigeants la providence divine ; il fut ensuite acquis par le Musée du Louvre, où il intrigue toujours les visiteurs par la main céleste, symbole d’un jugement intemporel.