La Musique
Œuvre de Henri Matisse • 1910
À propos de cette œuvre
Dans la sérénité de ce tableau, Henri Matisse capture la rencontre entre la musique et la peinture à travers une scène intérieure où souffle une atmosphère d’élégance intemporelle. Au centre, une femme assise, légèrement de profil, tient un instrument à cordes dont la forme rappelle une guitare ou un luth. Son buste élancé, aux contours dessinés d’un trait fluide, s’insère dans un espace plat où l’arrière‑plan se dissout en un azur tendre, ponctué de touches de vert jade et de jaune ocre. La couleur, typiquement fauchée chez le fauviste, n’est plus éclatante mais modulée, créant une harmonie chromatique où les tons chauds du corps contrastent avec le froid du décor.
Matisse emploie la technique de la peinture à l’huile avec un aplatissement des volumes, favorisant la surface plutôt que le modelé. Les formes géométriques du fauteuil, du tapis et du cadre de fenêtre sont réduites à des panneaux décoratifs, rappelant les motifs décoratifs marocains que l’artiste admirerait peu après son voyage en Afrique du Nord. Cette simplification confère à l’ensemble une qualité presque figurative d’un vitrail, où chaque secteur de couleur agit comme une pièce de verre coloré.
Le contexte de 1910 situe l’œuvre à la croisée des chemins entre le Fauvisme violent de « Le Bonheur de Vivre » et le classicisme naissant qui guidera Matisse vers la sérénité de la période dite « déco ». « La Musique » fait partie d’un diptyque avec « La Danse », commandé par le collectionneur russe Sergei Shchukin. Les deux pièces, destinées à décorer le salon d’un mécène, illustrent la volonté de l’artiste de traduire les arts du spectacle en picturalité, un projet qui consolidera sa réputation d’interprète visuel du rythme.
Une anecdote savoureuse raconte que, lors de la première exposition au Salon des Indépendants, le critique Louis Vauxcelles qualifia la figure centrale de “femme en musique” et souligna l’étrange « silence coloré » qui émane de la scène, soulignant ainsi la capacité de Matisse à rendre audible la musique par le langage des couleurs. Cette œuvre, aujourd’hui conservée au Musée National d’Art Moderne, demeure un témoignage éclatant de la quête d’équilibre entre abstraction décorative et expression émotionnelle, où chaque note visuelle résonne longtemps après le coup de pinceau.