Femme au chapeau
Œuvre de Henri Matisse • 1905
À propos de cette œuvre
Fleur de coton rosée, la figure centrale s’impose en un profil délicat, le visage encadré d’un chapeau large aux teintes flamboyantes. Le modèle, Amélie Noellie, épouse du marchand d’art Ambroise Vollard, porte un couvre‑tête orné de rubans rouge‑carmine et de touches d’or qui rivalisent avec la robe turquoise, presque carrée, dessinée par des aplats purs. Les contours, à la fois nets et légèrement esquissés, tracent un contraste saisissant entre la précision du profil et la liberté des formes décoratives.
Matisse adopte une palette de couleurs non naturalistes : le bleu cyan du manteau, le vert citron du fond, le rose fuchsia du chapeau s’entrechoquent comme un tableau de vaisselle chinoise. L’artiste abandonne la modélisation traditionnelle au profit de blocs colorés qui se juxtaposent sans transition graduelle, révélant son passage du réalisme académique au fauvisme naissant. La technique de la gouache, puisée dans la maîtrise du pastel, permet des surfaces planes où la lumière semble se figer dans un éclat presque chimique.
L’œuvre s’inscrit dans le premier salon d’été de Matisse à Paris, où, le 17 octobre 1905, le critique Louis Vauxcelles lance le terme « fauves » – « les bêtes sauvages » – pour désigner ce groupe d’artistes qui, à la fois, explosent les conventions chromatiques et libèrent le trait. « Femme au chapeau » incarne parfaitement cette rupture : la figure humaine, pourtant identifiable, devient un véhicule d’émotions purement chromatiques, chaque couleur portant son propre sentiment.
Une anecdote raconte que Vollard, intrigué par le portrait, aurait d’abord hésité à l’acquérir, jugeant la composition trop audacieuse pour les goûts bourgeois de l’époque. Matisse, cependant, persista, et l’œuvre trouva finalement sa place dans la collection du collectionneur privé Georges Viau avant d’atterrir au musée d’art moderne de New York. Aujourd’hui, elle demeure un jalon emblématique du fauvisme, où l’équilibre entre le dessin élégant et la peinture sauvage continue d’inspirer artistes et spectateurs.