Serpents d’eau II - Gustav Klimt

Serpents d’eau II

Œuvre de Gustav Klimt • 1907

À propos de cette œuvre

L’œuvre *Serpents d’eau II* (1907), signée par Gustav Klimt, dévoile une scène où le corps féminin se fond dans un tourbillon de formes organiques, rappelant à la fois la fluidité de l’eau et la sinuosité d’un serpent. La composition s’articule autour d’une figure centrale, vue de trois quarts, dont la peau pâle contraste avec un tissu doré qui cascade en ondulations luxuriantes. Autour d’elle, des lignes courbes s’entrelacent comme des cours d’eau ou des reptiles glissant sur le fond, créant un réseau tactile qui guide le regard du spectateur du sommet du crâne aux pieds ancrés dans un décor presque abstrait.

La palette se compose principalement de tons d’or, de rouge vermillon et de vert émeraude, rehaussés de touches de noir profond. L’utilisation du feuillage doré, appliqué à la main avec une technique de laque et de feuille d’or, rappelle l’esthétique de la « période dorée » de Klimt, pendant laquelle il mêlait la peinture à l’émail et aux incrustations métalliques. Le traitement des textures, entre le cuir lisse du drap et la rugosité suggérée des écailles, témoigne d’une maîtrise du contraste matériel, caractéristique du mouvement Sécession viennois.

Créée alors que l’artiste s’immergeait dans les symboles de la sexualité et du mysticisme, l’œuvre puise dans l’imagerie du folklore germanique, où le serpent représente à la fois la tentation et le renouveau. Le visage de la femme, à la fois détendu et énigmatique, évoque une Muse intemporelle, gardienne d’un savoir secret que l’eau et le serpent partagent : la capacité de métamorphoser et de purifier.

Une anecdote curieuse entoure la provenance de ce tableau : il appartenait initialement à la collection intime de la sœur de Klimt, qui l’exposait lors des réceptions privées du Café‑Salon du Künstlerhaus, avant d’être acquis en 1912 par le galerie Lippmann & Schmid. Aujourd’hui, *Serpents d’eau II* figure parmi les pièces maîtresses d’une exposition rétrospective sur la période la plus décorative de Klimt, illustrant comment l’artiste a su transformer le motif du serpent—souvent redouté—en une célébration sensuelle du mouvement et de la lumière.