Serpents d’eau I
Œuvre de Gustav Klimt • 1907
À propos de cette œuvre
Plongée dans l’univers aquatique, « Serpents d’eau I » de Gustav Klimt, 1907, se déploie comme une danse languissante où le corps féminin se mêle à l’écoulement du liquide. La composition, presque circulaire, regroupe une figure centrale aux contours sinueux, entourée de deux serpents d’eau qui s’enroulent en arcs gracieux autour d’elle. Ces courbes, inspirées du mouvement des vagues et des plantes aquatiques, créent un équilibre dynamique : chaque spirale semble obligée de suivre la suivante, rappelant les motifs ornementaux du style Art nouveau.
Le traitement de la couleur se caractérise par un contraste saisissant entre les tons sombres de l’arrière‑plan – un bleu nuit ponctué de reflets argentés – et les éclats dorés qui parcourent la peau de la femme et les écailles des serpents. Klimt, maître du doré, y applique de la feuille d’or finement découpée, qui capte la lumière et insuffle à la scène une aura presque mystique. Le fond, peint à l’aquarelle translucide, évoque la profondeur de l’eau, tandis que les motifs géométriques – losanges, cercles et arabesques – sur le manteau de la figure rappellent les influences japonaises que le peintre admirait depuis le déplacement de l’art oriental vers l’Europe au tournant du siècle.
Techniquement, le tableau combine aquarelle, pastel et dorure, une méthode courante durant la « période dorée » de Klimt, entre 1901 et 1910. Cette hybridation confère à l’œuvre une texture délicate où le pigment et le métal s’entrelacent, créant des surfaces à la fois plates et scintillantes, typiques de son approche décorative.
Dans le contexte viennois, 1907 marque l’apogée de la Sécession, mouvement que Klimt dirigeait, prônant l’art total où les arts décoratifs et la peinture se rejoignent. « Serpents d’eau I » fut réalisé pour la décoration d’un salon privé, puis intégré à une série de dessins d’inspiration marine commandée par la Galerie Miethke, témoignant du goût de l’élite pour les œuvres sensuelles et symboliques.
Une anecdote curieuse : lors d’une première exposition en 1912, un critique satirique osa comparer les serpents à de « gargouilles aquatiques », déclenchant un débat animé parmi les membres du mouvement sur la frontière entre le sensuel et le grotesque – débat qui, paradoxalement, renforça la renommée de la pièce comme emblème du symbolisme sensuel de Klimt.