Portrait d’Adele Bloch-Bauer II
Œuvre de Gustav Klimt • 1912
À propos de cette œuvre
Dans le sillage de la « phase dorée » qui a consacré Gustav Klimt aux plus hautes sphères de l’Art nouveau, le portrait d’Adele Bloch‑Bauer II, réalisé en 1912, se dresse comme un témoignage d’intimité mêlé à une extravagance décorative. La jeune femme, alors âgée de trente‑et‑un ans, apparaît en buste, légèrement tournée, le regard posé mais détaché, comme si elle méditait un secret partagé avec le spectateur. La composition s’organise autour d’un cadre rectangulaire où le corps occupe le tiers inférieur, tandis que le tiers supérieur, vierge de toute représentation figurative, se meut en une mer de motifs géométriques et floraux, caractéristique du style « Stile » viennois.
La palette, dominée par l’or, le bronze et les tons chauds de rouge brique, confère à l’ensemble une luminosité presque tactile. Klimt superpose des feuilles d’or finement martelées à la toile, créant un éclat qui capte la lumière ambiante. Au premier plan, la robe d’Adele, d’un orange-rouge profond, est ponctuée de touches de vert émeraude et de bleu saphir, rappelant les vitraux de la Sécession. Le contraste entre le tissu soyeux et le décor métallique souligne la dualité entre la grâce féminine et l’opulence matérielle.
Techniquement, l’artiste exploite la technique du “gold leaf” combinée à la tempera et à l’huile, une méthode qu’il a perfectionnée depuis le « Baiser » (1907‑1908). Les motifs circulaires, les spirales végétales et les carrés incrustés de perles imitent les textiles orientaux qu’il admirait lors de ses voyages à Paris et à Vienne. La surface, travaillée en couches successives, révèle une profondeur que seul le regard en mouvement peut appréhender.
Le contexte historique renforce le caractère symbolique du tableau. Commandé par Ferdinand Bloch‑Bauer, le mari d’Adele, le portrait fait partie d’une série de commissions destinées à immortaliser la famille au sein d’une société viennoise en pleine mutation, où les mondes juif, aristocratique et artistique se chevauchent. Après l’annexion de l’Autriche et la Seconde Guerre mondiale, la toile fut confisquée par les Nazis; elle revint finalement à la famille grâce à la célèbre bataille judiciaire menée par Maria Altmann, arrière‑petite‑nièce d’Adele. Aujourd’hui exposée au Belvédère de Vienne, l’œuvre continue d’attirer les regards, non seulement pour sa beauté sensorielle, mais aussi comme rappel poignant des destins déchirés et reconquis au fil du XXᵉ siècle.