Symbolisme
Mouvement artistique • 1860 - 1900
Qu'est-ce que Symbolisme ?
Le symbolisme est un mouvement artistique et littéraire de la seconde moitié du XIXe siècle qui, en réaction contre le réalisme et le naturalisme, choisit de tourner le dos au monde visible et documentable pour explorer les territoires de l'âme, du rêve, du mythe et de l'invisible. Pour les symbolistes, la réalité profonde n'est pas à la surface des choses — dans les champs labourés de Millet ou les régates de Monet — mais derrière elles, dans les correspondances mystérieuses entre le monde sensible et les réalités spirituelles que seule l'intuition artistique peut percevoir et transmettre. Le symbole — figure, couleur, musique ou image — est le seul langage capable de suggérer ces vérités indicibles sans les réduire à une description rationnelle.
Origines littéraires et philosophiques
Le symbolisme naît d'abord en littérature. Le poète Charles Baudelaire (1821–1867), avec ses Fleurs du Mal (1857) et son sonnet Correspondances — qui affirme que « les parfums, les couleurs et les sons se répondent » dans une unité synesthésique mystérieuse — pose les fondements de l'esthétique symboliste. Stéphane Mallarmé (1842–1898) et Paul Verlaine (1844–1896) développent une poésie de la suggestion et de la musicalité des mots, dans laquelle le sens est toujours indirect, pluriel et mystérieux. En 1886, Jean Moréas publie dans Le Figaro un manifeste symboliste qui donne au mouvement son nom et ses principes.
Le philosophe Arthur Schopenhauer (1788–1860), dont les idées se répandent en France dans les années 1880, exerce une influence profonde : sa conviction que le monde visible n'est qu'une « représentation » — un voile d'illusions (le Voile de Maya) qui cache la réalité profonde de la Volonté — correspond exactement aux intuitions des symbolistes. La musique est pour Schopenhauer l'art le plus proche de cette réalité profonde, ce qui explique l'importance de l'analogie musicale dans l'esthétique symboliste : tous les arts aspirent à la condition de la musique.
Les caractéristiques de la peinture symboliste
La peinture symboliste partage avec la littérature du même nom le refus de la description directe et la préférence pour la suggestion et l'allusion. Les sujets symbolistes sont souvent mythologiques, bibliques, allégoriques ou oniriques — des sphynges, des licornes, des anges, des figures de femmes fatales, des paysages crépusculaires chargés d'une signification mystérieuse. La femme est omniprésente dans l'imaginaire symboliste, souvent dans ses deux aspects antagonistes : la vierge pure et la dévorante tentatrice (la figure de Salomé revient obsessionnellement).
La couleur est traitée symboliquement plutôt que naturalístement : les tonalités pâles et nacrées, les bleus profonds et les ors irréels créent des atmosphères de rêve et de contemplation. La ligne est souvent sinueuse, arabesque, ornementale — héritage de l'Art nouveau avec lequel le symbolisme entretient des liens étroits. La lumière n'est plus naturelle mais intérieure, émanant des figures elles-mêmes ou d'une source mystérieuse.
Les grands peintres symbolistes
Le symbolisme en peinture est un phénomène européen d'une grande diversité. En France, Gustave Moreau (1826–1898) est la figure tutélaire du mouvement : ses peintures mythologiques — Œdipe et le sphinx, Salomé, Jupiter et Sémélé — d'un luxe et d'une densité iconographique extraordinaires, baignées dans une lumière dorée et irréelle, ouvrent directement la voie à l'art symboliste. Odilon Redon (1840–1916) développe un symbolisme de l'imaginaire pur — des yeux volants, des araignées qui sourient, des profils flottant dans des brumes de couleur — d'une poésie et d'une liberté formelle qui font de lui l'un des précurseurs les plus directs du surréalisme. Pierre Puvis de Chavannes (1824–1898) crée des grandes compositions murales d'une sérénité archaïque et méditative.
En Belgique, Fernand Khnopff (1858–1921) développe un symbolisme de l'énigme et de la sphinge féminine. Félicien Rops (1833–1898) explore un symbolisme érotique et satanique troublant. En Suisse, Arnold Böcklin (1827–1901) crée des paysages mythologiques d'une inquiétude métaphysique intense, dont son Île des morts (1880–1886), tableau d'une beauté sombre et envoûtante, devient l'icône absolue du symbolisme européen.
En Angleterre, les Préraphaélites (Dante Gabriel Rossetti, Edward Burne-Jones) développent un symbolisme médiévisant d'une beauté raffinée et mélancolique. En Norvège, Edvard Munch (1863–1944), souvent associé à l'expressionnisme, puise profondément dans l'esthétique symboliste pour ses représentations de l'angoisse et du désir.
L'héritage du symbolisme
Le symbolisme a exercé une influence considérable sur l'art du XXe siècle. Le surréalisme, qui proclame la primauté de l'inconscient et du rêve sur la réalité visible, se réclame directement de Redon, de Moreau et de Gustave Klimt. L'expressionnisme hérite de la conviction symboliste que la couleur et la forme peuvent exprimer des états intérieurs. Kandinsky, qui admirait profondément les symbolistes, trouve dans leur programme le fondement philosophique de son invention de l'abstraction. Le symbolisme a, en ce sens, ouvert la porte à toute la modernité artistique du XXe siècle.
Les Peintres du Symbolisme
Les artistes majeurs qui ont incarné ce mouvement.
Œuvres Majeures du Symbolisme
Une sélection des tableaux les plus représentatifs de ce courant.
Découvrir les autres mouvements artistiques
Explorez les courants qui ont marqué l'histoire de l'art