Qu'est-ce que Surréalisme ?

Le surréalisme est l'un des mouvements artistiques et littéraires les plus influents et les plus fascinants du XXe siècle. Fondé à Paris en 1924 par le poète André Breton (1896–1966), qui en publie le premier Manifeste du surréalisme en octobre de cette année, il se propose de libérer l'être humain des contraintes de la raison, de la logique et de la morale bourgeoise, en explorant les ressources illimitées de l'inconscient, du rêve et du désir. En peinture comme en littérature et en cinéma, le surréalisme a produit quelques-unes des images les plus saisissantes et les plus durablement énigmatiques de l'histoire de l'art moderne.

Les fondements : Freud, Dada et la Grande Guerre

Pour comprendre le surréalisme, il faut comprendre le double traumatisme dont il naît. La Première Guerre mondiale (1914–1918) a révélé la barbarie à laquelle la civilisation « rationnelle » et « progressiste » de l'Occident était capable : des millions de morts dans des tranchées industrialisées, au nom d'idéaux nationaux et militaristes que la raison semblait avoir cautionnés. Pour la génération de Breton — qui a vécu la guerre comme infirmier et s'est nourri de psychiatrie au contact des soldats traumatisés — la raison elle-même est suspecte.

Dada, mouvement nihiliste et antiartistique né à Zurich en 1916 dans les milieux d'artistes et d'intellectuels fuyant la guerre, est l'expression la plus radicale de ce désenchantement : refus de toute convention artistique, provocation systématique, absurde érigé en principe. Breton, qui fréquente les dadaïstes parisiens autour de Tristan Tzara à partir de 1919, en hérite la subversion — mais il cherche quelque chose de plus constructif : non seulement détruire la raison, mais trouver une réalité plus vraie au-delà d'elle.

La psychanalyse de Sigmund Freud (1856–1939) lui fournit le fondement théorique. La découverte de l'inconscient — ce territoire souterrain de désirs refoulés, de peurs archaïques, de rêves et de fantasmes que la conscience « raisonnable » censure en permanence — ouvre la voie à une exploration artistique d'un continent entier de l'expérience humaine que l'art académique avait ignoré. Le rêve, pour Freud, n'est pas du hasard : il exprime, sous forme déguisée, les désirs et les conflits les plus profonds de l'individu. Les surréalistes font du rêve leur méthode et leur sujet.

Le Manifeste et la méthode

Dans son Manifeste du surréalisme de 1924, André Breton définit le surréalisme comme « automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale ». L'écriture automatique — écrire sans censure ni contrôle conscient, laissant la main transcrire directement le flux de la pensée inconsciente — est la technique littéraire fondatrice du mouvement. En peinture, son équivalent sera le dessin automatique.

Mais le surréalisme pictural ne se limite pas à l'automatisme. Il développe aussi une autre stratégie : la représentation illusionniste du rêve et de l'inconscient — des images précises et techniquement soignées, mais dont la logique est celle du rêve plutôt que de la réalité. C'est dans cette seconde tendance que s'inscrivent les peintres les plus célèbres du mouvement.

Les grands peintres

Salvador Dalí (1904–1989) est le peintre surréaliste le plus célèbre et le plus populaire. Sa technique de peintre hyperréaliste — héritée de son admiration pour Vélasquez et Meissonier — lui permet de représenter ses visions délirantes avec une précision photographique qui les rend d'autant plus troublantes. La Persistance de la mémoire (1931, MoMA, New York) — les montres molles qui s'affaissent sur des rochers désertiques — est l'une des images les plus reconnaissables du XXe siècle. Dalí y représente, dit-il, « la camembert du temps » — une image de rêve qui dit quelque chose de vrai sur notre perception subjective de la durée.

René Magritte (1898–1967), peintre belge, développe un surréalisme de la perturbation conceptuelle plutôt que de l'onirisme délrant : ses tableaux mettent en scène des rapprochements insolites entre des objets ordinaires — un chapeau melon, une pipe, un homme d'affaires, un rocher flottant, un miroir qui ne reflète pas — pour déstabiliser la relation du spectateur avec le réel et le langage. La Trahison des images (1929) — représentant une pipe accompagnée de la légende « Ceci n'est pas une pipe » — est l'un des readymades conceptuels les plus féconds de toute l'histoire de l'art.

Max Ernst (1891–1976), artiste allemand naturalisé américain, explore l'automatisme et l'onirisme dans des techniques inventées : le frottage (frottement d'un crayon sur une feuille posée sur une surface rugueuse), le grattage, le collage. Ses forêts mystérieuses et ses créatures hybrides invent un bestiaire onirique d'une poésie inquiète incomparable. Joan Miró (1893–1983) développe un surréalisme lyrique et poétique, peuplé de biomorphes flottants et de signes primitifs dans des espaces colorés d'une légèreté et d'une gaieté enfantine.

Yves Tanguy (1900–1955) peint des paysages désertiques d'une précision photographique peuplés de formes molles et indéfinissables qui semblent appartenir à un monde sub-marin ou préhumain. Paul Delvaux (1897–1994), Belge comme Magritte, peuple des architectures classiques nocturnes de femmes nues somnambules dans un silence et une immobilité hypnotiques.

L'influence et la postérité

Le surréalisme a connu une longévité et une diffusion géographique remarquables — des groupes surréalistes se sont formés dans presque tous les pays d'Europe et d'Amérique dans les années 1930–1950. La Seconde Guerre mondiale disperse les surréalistes européens vers les États-Unis, où ils exercent une influence directe sur la génération des expressionnistes abstraits américains. L'impact du surréalisme sur la culture populaire du XXe siècle est incalculable : publicité, cinéma, mode, design graphique, jeux vidéo — partout on retrouve l'héritage de la logique onirique surréaliste.

La date de 1966 — mort d'André Breton — marque la fin du surréalisme historique comme mouvement organisé. Mais ses images et ses méthodes continuent d'irriguer toute la création contemporaine, et ses grands peintres restent parmi les artistes les plus aimés et les plus visités des musées du monde entier.

Les Peintres du Surréalisme

Les artistes majeurs qui ont incarné ce mouvement.