Qu'est-ce que Rococo ?

Le rococo est le style artistique qui domine l'Europe, et particulièrement la France, dans la première moitié du XVIIIe siècle. Héritier du baroque dont il assouplit et allège les formes, il représente une réaction contre la grandeur pompeuse et morale du classicisme louis-quatorzien : là où le siècle précédent exaltait la gloire du roi et l'idéal antique, le rococo célèbre le plaisir, la légèreté, la galanterie et l'ornement. C'est l'art d'une aristocratie et d'une haute bourgeoisie qui veulent jouir de la vie dans des intérieurs élégants, représenter leurs divertissements et leurs amours, et décorer leurs demeures avec tout ce que la grâce et l'inventivité peuvent offrir. Le rococo est, selon la formule de l'historien Michael Levey, « l'art du bonheur ».

Origines et contexte

Le terme « rococo » est probablement dérivé du français rocaille, qui désigne les ornements en forme de rochers, de coquillages et de végétaux asymétriques qui caractérisent l'art décoratif du style. Il apparaît d'abord comme un terme légèrement péjoratif — un mélange de rocaille et de barocco — avant d'être adopté par les historiens d'art pour désigner ce style avec neutralité.

Le rococo naît à Paris dans les premières années du XVIIIe siècle, dans le contexte de la Régence (1715–1723) qui suit la mort de Louis XIV. La cour, longtemps concentrée à Versailles dans un cadre de rigidité et de protocole, se disperse. L'aristocratie parisienne aménage des hôtels particuliers à la décoration plus intime et plus légère. Les architectes et les décorateurs inventent un nouveau style intérieur — les boiseries peintes en blanc et or, les plafonds aux peintures légères, les miroirs, les lustres de cristal, les meubles aux courbes élégantes — qui définit le cadre de vie de la bonne société du XVIIIe siècle.

Les caractéristiques stylistiques

La peinture rococo se distingue par une série de traits facilement reconnaissables. La palette claire et pastel — roses, bleus pâles, lilas, verts tendres, ors délicats — remplace les couleurs profondes et les contrastes puissants du baroque. La légèreté des sujets est caractéristique : fêtes galantes, scènes pastorales, jeux amoureux, scènes mythologiques légèrement érotiques, portraits de cour flatteurs. La nature représentée est une nature ornementale — jardins à la française, bosquets idylliques, nuages cotonneux — loin de tout réalisme.

Les compositions asymétriques et les courbes sinueuses remplacent les équilibres stables et les lignes droites du classicisme. Les figures sont gracieuses, légères, souvent représentées en mouvement — une balançoire, une danse, un jeu. L'ornement envahit la surface : guirlandes, rubans, fleurs, chérubins joufflus, coquillages — tout concourt à créer une impression de profusion ornementale joyeuse et sophistiquée.

Les grands peintres du rococo

Antoine Watteau (1684–1721) est le fondateur du genre le plus caractéristique du rococo : la fête galante, scène de personnages élégants en plein air, dans un paysage idyllique, occupés à se courtiser, à jouer de la musique ou à se préparer à un voyage mystérieux. Son Embarquement pour Cythère (1717, Louvre, Paris) — scène de couples se préparant à partir vers l'île de l'amour dans un crépuscule mélancolique — est le tableau fondateur du genre. L'Académie royale, pour accueillir son œuvre atypique, créera pour lui la catégorie de « peintre de fêtes galantes ». La mélancolie douce qui affleure sous la surface de ses tableaux en fait l'un des peintres les plus complexes de son siècle.

François Boucher (1703–1770), premier peintre de Louis XV et favori de la marquise de Pompadour, incarne le rococo dans sa version la plus accomplie et la plus officielle. Ses scènes pastorales, ses Vénus alanguies dans des paysages de soie rose, ses décors d'opéra et ses cartons de tapisseries sont d'une séduction et d'une habileté qui définissent le goût de la Cour. Sa palette rose et dorée, ses chairs lumineuses et ses ciels cotonneux sont immédiatement reconnaissables.

Jean-Honoré Fragonard (1732–1806), élève de Boucher, est peut-être le peintre rococo le plus spontané et le plus libre. Sa Balançoire (1767, Wallace Collection, Londres) — jeune femme en robe rose sur une balançoire dans un jardin luxuriant, son soulier envolé dans les airs tandis qu'un jeune homme contemple ses dessous — est l'une des œuvres les plus sensuelles et les plus gaies du siècle. Fragonard allie à l'élégance rococo une touche large et spontanée qui annonce parfois l'impressionnisme.

En Allemagne et en Autriche, le rococo atteint des sommets dans l'architecture et la décoration d'église — les intérieurs des abbayes bavaroises (Wieskirche, Ottobeuren, Zwiefalten) sont des chefs-d'œuvre de légèreté et d'invention ornementale.

La fin du rococo

Le rococo décline dans les années 1760–1770, sous la critique croissante d'un mouvement philosophique et moral qui lui reproche sa frivolité, son immoralité et son futilité. Les Encyclopédistes, Rousseau et surtout le théoricien Johann Joachim Winckelmann, qui prône le retour aux vertus sévères de l'Antiquité grecque, préparent le terrain du néoclassicisme. La Révolution française de 1789 achèvera de rendre le style rococo politiquement inacceptable en l'associant à l'Ancien Régime décadent. Il laissera cependant un héritage décoratif et une culture du plaisir visuel qui ne s'effaceront jamais entièrement de la tradition artistique européenne.